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du 15 au 22 mai 1954, N°298.

La rubrique "Elles et Eux", p.73, titre:

"Une grande salle de Paris va lancer le cinéma en relief sans lunettes."

"Le problème du cinéma en relief est sur le point d'être résolu, trois inventeurs français mettent au point trois procédés révolutionnaires."(...)

Cette fois on passe directement de la photographie en relief à la cinématographie en relief ! On peut donc rajouter à la liste des" fous du relief " : Alexandre Filippi qui assisté de Jean Colas présente le "Filcorelief." François Savoye qui présente le "Cyclostéréoscope" au Clichy-Palace. Et Maurice Bonnet dont les travaux encore embryonnaires semblent prometteurs. Il propose depuis son atelier le cinéma sans écran , mais avec lentille individuelle !

"Le pas le plus décisif vers le relief total sera sans doute franchi par M.Bonnet. Il est déjà l'inventeur des photographies en relief présentées dans un magasin des Champs Elysées. Son but est de supprimer l'écran et de projeter les images dans l'espace. Ce procédé restituera ainsi pour chaque spectateur, l'image grandeur nature photographiée par la caméra. Elle apparaîtra à la distance exacte où se trouvait celle-ci et dans un relief authentique.
Dans son atelier de Belleville, M.Bonnet n'en est qu'au stade de la maquette mais le principe est trouvé.
La salle de cinéma "type Bonnet" n'aura pas d'écran. Devant chaque spectateur, une lucarne rectangulaire munie d'une lentille sera accrochée au dos du fauteuil d'en face. Le film sera projeté du plancher, à chacun de ces écrans individuels. Au travers de la lentille le spectateur le verra se dérouler dans l'espace en trois dimensions.
M.Bonnet manque de moyens financiers. Son temps est presque entièrement absorbé par l'établissement d'un relevé topographique en relief de la France pour le compte du ministère de l'Air. Mais il estime qu'en deux ans, avec un crédit de 100 millions, il pourrait équiper une salle de 300 places avec ce procédé."

En la personne d' Edouard Belin évoquée dans la suite, on retrouve cette personnalité qui a croisé la route de Maurice Bonnet et de son père Félix Bonnet, photographe portraitiste parisien, quelques années auparavant...

"Un grand savant français , le professeur Belin, inventeur du belinographe a raconté à René Clair qu'il avait à l'étude la réalisation du cinéma en relief sans écran. Mais il se refuse à révéler son procédé."

Aux fictions technologiques tirées des prototypes et des maquettes de laboratoire succèdent les fictions littéraires... Rappelons-nous Tiphaigne de la Roche pour le dix huit ième siècle ! Et bien en cette première moitié de vingt ième siècle siècle c'est le romancier qui se projette pour imaginer le transport des images dans le futur !

"René Barjavel avait prévu ces extraordinaires développements du cinéma dans son livre Cinéma Total, paru en 1944 : " Des savants écrivait-il, cherchent le relief dans tous les coins du monde. Il s'agit de trouver quelque chose de tout à fait nouveau et non de partir d'inventions déjà existantes pour les perfectionner et les adapter. En vérité il faudra transformer directement en ondes les images des objets réels puis ces ondes en images virtuelles. Ces images seront matérialisées sans écran, ou à l'intérieur d'un écran, volumineux mais transparent, peut-être même immatériel, constitué lui aussi de faisceau d'ondes."

Du rêve en passant par la "méditation" de l'objet technique selon G.Bachelard, à la réalité technologique, il faudra encore quelques décennies.

Nous garderons pour quelques temps encore un écran bien matériel, en optant pour l'association de plusieurs subterfuges de type sonores, lumineux, mécaniques et hydrauliques pour simuler le réel, comme au Futuroscope de Poitiers.

1954 page 26/97